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Détresse psychologique au travail : un salarié sur deux concerné


Un salarié français sur deux présente aujourd’hui des signes de détresse psychologique au travail. C’est le chiffre que publie le baromètre Empreinte Humaine, réalisé par Ipsos-BVA et sorti le 2 juin 2026. Jamais ce niveau n’avait été atteint depuis le lancement de l’étude en mars 2020, en plein confinement.

Le baromètre ne parle pas d’un simple coup de fatigue passager. La détresse psychologique au travail, telle que mesurée ici, regroupe à la fois des symptômes de dépression et des symptômes d’épuisement. Et la courbe ne descend pas : trois points de plus qu’en novembre 2025, pour un baromètre qui suit les mêmes indicateurs depuis six ans.

détresse psychologique au travail

Pourquoi la détresse psychologique au travail a encore augmenté en 2026

Christophe Nguyen, président d’Empreinte Humaine et psychologue du travail, décrit ce que vivent les salariés concernés comme « un sentiment continu de désespoir, de fatigue, un ras-le-bol et un stress qui s’installe ». Ce n’est pas une crise ponctuelle liée à un projet difficile ou une période chargée. C’est une usure qui dure.

L’étude pointe une cause précise : l’accélération du rythme de travail, combinée au sentiment de ne plus pouvoir bien faire son travail. 60 % des salariés interrogés disent se sentir comme de simples exécutants. La moitié estime manquer de temps pour produire un travail de qualité. Et 45 % craignent de ne pas tenir psychologiquement jusqu’à la retraite.

Les profils les plus touchés ne sont pas ceux qu’on imagine spontanément. Ce sont les femmes (55 %), les employés (59 %) et les moins de 30 ans (60 %) qui affichent les taux les plus élevés. Chez les moins de 30 ans, 87 % relient directement leur état psychologique à leur travail, contre 83 % en moyenne.

Le risque de burn-out sévère a doublé depuis 2020

32 % des salariés se déclarent en risque de burn-out, un chiffre stable par rapport à la vague précédente. Mais 11 % évoquent un risque de burn-out sévère, et ce taux a doublé depuis avant la crise sanitaire. Nguyen le formule simplement : « cette exposition chronique est un facteur de risque pour la santé ».

Ce doublement mérite qu’on s’y arrête. Il ne s’agit pas d’une hausse de quelques points sur un indicateur secondaire. C’est le marqueur le plus sévère du baromètre qui a multiplié par deux sa fréquence en six ans, pendant que les entreprises annonçaient, dans le même temps, multiplier les actions de prévention.

Ce que la reconnaissance change concrètement

Un chiffre du baromètre mérite d’être isolé, parce qu’il donne un levier d’action concret. Quand un manager ne reconnaît pas le travail de son équipe, le taux de détresse psychologique grimpe à 63 %. Quand cette reconnaissance existe, il redescend à 44 %. Dix-neuf points d’écart, pour un facteur qui ne coûte rien à mettre en place.

Pourtant, 84 % des salariés disent vouloir être reconnus par leur direction. Seuls 49 % estiment l’être réellement. Moins de quatre salariés sur dix reçoivent un remerciement ou un retour sur leur travail. L’écart entre l’attente et la réalité se loge précisément là.

Nguyen relie cette situation aux crises successives traversées par les entreprises depuis 2020. « On néglige cette question de la santé mentale en période de crise économique et financière, et on considère que ce qui est prioritaire, c’est la survie de l’entreprise, qui justifie d’être en surcharge de travail », explique-t-il. Résultat : seuls 11 % des salariés travaillent aujourd’hui dans un environnement offrant un climat de sécurité psychologique élevé.

Que faire face à la détresse psychologique au travail au quotidien

Le psychologue du travail recommande deux pistes concrètes plutôt que des plans d’action généraux. D’abord, parler sans tabou de la santé psychologique avec des professionnels, psychologues ou médecins du travail, plutôt que de laisser le sujet circuler uniquement entre collègues. Ensuite, former réellement les managers, puisque ce sont eux qui déterminent au quotidien si un salarié se sent vu ou invisible.

Pour un salarié confronté à cette usure, quelques repères simples permettent déjà de nommer ce qui se joue. Si la fatigue ne disparaît plus après un week-end, si l’indifférence remplace progressivement l’envie, si chaque tâche demande un effort disproportionné par rapport à sa difficulté réelle, ce sont des signaux qui méritent d’être pris au sérieux avant qu’ils ne s’aggravent.

Près d’un tiers des salariés interrogés envisage aujourd’hui de quitter leur entreprise. Ce chiffre ne dit pas seulement quelque chose sur l’envie de changer d’air. Il dit que pour beaucoup, partir est devenu la seule réponse perçue comme efficace face à une charge mentale qui ne trouve pas d’autre issue à l’intérieur de l’organisation.

La détresse psychologique au travail n’est donc pas un problème abstrait ou réservé à des cas isolés. Elle concerne, selon ce baromètre, un salarié sur deux en France en 2026. Les leviers identifiés (reconnaissance managériale, formation, dialogue ouvert avec des professionnels) ne résolvent pas tout, mais ils existent, et ils sont mesurables.


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Nambi

Rédactrice pour Liberté-Mentale.com.

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