Le burnout ne commence pas le jour où l’on s’effondre. Il s’annonce souvent des mois avant, par des signes physiques discrets que l’on met sur le compte de la fatigue, de l’âge ou d’un hiver difficile.

Le burnout qui ne ressemble pas à un burnout
L’image courante du burnout est spectaculaire : l’effondrement soudain, les larmes au bureau, l’arrêt du jour au lendemain. Cela arrive. Mais beaucoup d’épuisements s’installent sur des mois, sans que la personne puisse les nommer, et c’est souvent le corps qui donne l’alerte en premier.
En 2017, une équipe brésilienne menée par Denise Salvagioni a passé en revue les études prospectives sur les conséquences du burnout, celles qui suivent des salariés dans le temps. Le burnout y prédisait des douleurs musculo-squelettiques, des maux de tête, des troubles digestifs, des problèmes respiratoires et une fatigue prolongée. Ces signes physiques du burnout sont banals pris un par un. C’est leur accumulation qui doit alerter.
Signal 1 : un sommeil qui ne répare plus
Fatigue au réveil malgré 7 à 8 heures au lit. Les heures sont là, mais le matin ressemble au soir. On accuse une mauvaise nuit, l’âge, le manque de sport. Rarement l’épuisement.
Une étude suédoise de Marie Ekstedt et ses collègues a enregistré le sommeil de personnes en burnout. Leur sommeil était plus fragmenté, avec davantage de micro-éveils, et cette fragmentation allait de pair avec la fatigue ressentie dans la journée. On dort, mais par morceaux, souvent sans s’en rendre compte. Si le problème dure, l’article sur les troubles du sommeil donne des repères pour en parler à un médecin.
Signal 2 : des infections à répétition
Rhumes plus fréquents, infections qui traînent. Le lien entre stress chronique et défenses immunitaires est l’un des mieux étudiés de la psychoneuroimmunologie. Janice Kiecolt-Glaser et ses collègues ont montré, dans une synthèse de 2002, que le stress prolongé affaiblit la réponse immunitaire et ralentit la cicatrisation. La revue de Salvagioni retrouve aussi davantage de problèmes respiratoires chez les salariés en burnout.
Signal 3 : des tensions et des douleurs sans cause claire
Nuque raide, mâchoire serrée, maux de tête qui reviennent. Les douleurs musculo-squelettiques font partie des signes physiques du burnout les mieux documentés dans les études de suivi : chez des salariés en bonne santé au départ, un niveau élevé d’épuisement annonçait l’apparition de douleurs dans les années suivantes. Massages et étirements soulagent, mais la douleur revient tant que la charge reste la même.
Signal 4 : un ventre qui se dérègle
Ballonnements, transit perturbé, nausées sans cause trouvée. L’intestin est directement relié au système nerveux autonome, et il réagit vite au stress prolongé. À Göteborg, Kristina Glise a suivi des patients soignés pour un épuisement lié au stress : la plupart portaient une lourde charge de symptômes physiques, digestifs compris, et la majorité de ces symptômes diminuaient avec le traitement de l’épuisement.
Signal 5 : bruit, lumière et foule deviennent pénibles
Un open space qui épuise, une sonnerie qui agresse. Filtrer les stimulations demande un effort au cerveau. Maarten Boksem et Mattie Tops ont montré, dans une revue de 2008, que la fatigue mentale réduit la capacité à ignorer ce qui n’est pas pertinent. Les patients suivis en Suède décrivent aussi une tolérance au stress nettement réduite, qui persiste parfois des années.
Signal 6 : l’appétit change
Plus faim du tout, ou envie de sucre en continu. Le stress chronique modifie l’alimentation dans les deux sens selon les personnes. Susan Torres et Caryl Nowson ont montré, dans une revue publiée dans Nutrition, que les personnes très stressées consomment davantage d’aliments gras et sucrés, et moins de fruits et légumes.
Pourquoi prendre ces signes physiques du burnout au sérieux
Pris séparément, chacun de ces signaux a mille autres explications possibles. Ensemble, chez quelqu’un qui tient depuis des mois une charge trop lourde, ils dessinent un tableau cohérent. L’enjeu dépasse le confort : une étude israélienne de Sharon Toker a montré que le burnout était associé à un risque accru de maladie coronarienne chez des salariés en bonne santé au départ.
| Signal physique | Ce que montrent les études | Ce qu’on se dit souvent |
|---|---|---|
| Sommeil non réparateur | Sommeil plus fragmenté, plus de micro-éveils | « Je dors mal en ce moment » |
| Infections fréquentes | Défenses immunitaires affaiblies par le stress prolongé | « Je suis fragile des bronches » |
| Douleurs et tensions | Douleurs musculo-squelettiques plus fréquentes dans les suivis | « J’ai besoin d’un massage » |
| Troubles digestifs | Symptômes physiques nombreux, souvent réduits par le traitement | « J’ai le côlon irritable » |
| Hypersensibilité au bruit | Filtrage de l’attention réduit par la fatigue mentale | « Je suis devenu trop sensible » |
| Appétit perturbé | Plus d’aliments gras et sucrés sous stress chronique | « Je mange mes émotions » |
Si vous reconnaissez plusieurs de ces signes depuis des semaines, parlez-en à votre médecin traitant. L’article burnout silencieux décrit aussi les signes moins visibles, côté humeur et comportement, et récupérer d’un burnout explique ce que disent les études sur la suite.
Sources
- Salvagioni, D. A. J. et al. (2017). Physical, psychological and occupational consequences of job burnout: A systematic review of prospective studies. PLOS ONE, 12(10).
- Ekstedt, M. et al. (2006). Disturbed sleep and fatigue in occupational burnout. Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, 32(2), 121-131.
- Kiecolt-Glaser, J. K., McGuire, L., Robles, T. F., et Glaser, R. (2002). Psychoneuroimmunology: Psychological influences on immune function and health. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 70(3), 537-547.
- Glise, K., Ahlborg, G., et Jonsdottir, I. H. (2014). Prevalence and course of somatic symptoms in patients with stress-related exhaustion: does sex or age matter. BMC Psychiatry, 14.
- Boksem, M. A. S., et Tops, M. (2008). Mental fatigue: Costs and benefits. Brain Research Reviews, 59(1), 125-139.
- Torres, S. J., et Nowson, C. A. (2007). Relationship between stress, eating behavior, and obesity. Nutrition, 23(11-12), 887-894.
- Toker, S., Melamed, S., Berliner, S., Zeltser, D., et Shapira, I. (2012). Burnout and risk of coronary heart disease: a prospective study of 8838 employees. Psychosomatic Medicine, 74(8), 840-847.