Les gens qui pensent trop seraient les plus intelligents. La phrase tourne en boucle sur Instagram et TikTok, souvent avec une étude citée de travers. Le sujet overthinking et intelligence mérite mieux, parce que la recherche existe bel et bien, et qu’elle raconte une histoire plus étroite que le slogan.

Version courte sur overthinking et intelligence : quelques études trouvent un lien entre une forme précise d’intelligence, l’intelligence verbale, et la tendance à s’inquiéter ou à ruminer. Ce lien est modeste. Il repose sur de petits échantillons. Et il ne fait pas de l’overthinking un signe de QI élevé.
Overthinking et intelligence : ce que montre l’étude de Penney
En 2015, Alexander Penney, Victoria Miedema et Dwight Mazmanian, de l’Université Lakehead en Ontario, ont recruté 126 étudiants. Chacun a passé les sous-tests verbaux et non verbaux du WAIS-IV, l’échelle d’intelligence de référence chez l’adulte, puis rempli des questionnaires sur l’inquiétude, la rumination et ce que les psychologues appellent le traitement post-événement (rejouer mentalement une soirée ou une réunion après coup).
Le résultat qui a fait le tour du web : l’intelligence verbale prédisait de façon indépendante l’intensité de l’inquiétude et de la rumination. Plus les participants étaient à l’aise avec le langage, plus ils ressassaient.
L’autre résultat est souvent mal rapporté, y compris dans une version précédente de cet article. L’intelligence non verbale n’était pas liée à moins de rumination en général. Elle prédisait seulement un traitement post-événement plus faible. Autrement dit, les profils forts en raisonnement visuel et abstrait rejouaient moins leurs interactions sociales, sans pour autant moins s’inquiéter du reste.
Dernier détail qui compte : quand les chercheurs ont contrôlé ce qui se recoupe entre les variables, le lien entre intelligence verbale et symptômes d’anxiété ou de dépression disparaissait. Le lien tient avec les processus de pensée (s’inquiéter, ressasser), pas avec les troubles eux-mêmes.
Overthinking et intelligence chez les personnes très anxieuses
L’autre étude souvent citée vient de Jeremy Coplan et de son équipe au SUNY Downstate Medical Center, à New York. Publiée en 2012, elle comparait 26 patients atteints de trouble anxieux généralisé à 18 volontaires sans trouble. Le QI moyen des patients était de 118,65, contre 109,44 chez les témoins, selon le tableau publié dans Frontiers in Evolutionary Neuroscience.
Neuf points d’écart, c’est l’argument favori des défenseurs du duo overthinking et intelligence. Mais 44 personnes au total, c’est très peu pour tirer une règle générale. Penney et ses collègues le rappellent d’ailleurs : la majorité des travaux antérieurs trouvaient plutôt l’inverse, à savoir que l’anxiété va avec des scores plus faibles aux tests, en partie parce que le stress perturbe la performance le jour de l’évaluation.
Overthinking et intelligence verbale : pourquoi ça tourne en boucle
L’inquiétude prend surtout une forme verbale. Les personnes qui s’inquiètent beaucoup décrivent un monologue intérieur sur ce qui pourrait mal tourner, bien plus que des images. Une étude publiée dans Clinical Psychological Science a montré que s’inquiéter en mots soulage sur le moment mais augmente les pensées intrusives les jours suivants, alors que penser au même sujet en images produit l’effet inverse.
Pour le lien overthinking et intelligence, une hypothèse simple se dessine. Si l’inquiétude est une conversation avec soi-même, quelqu’un de doué pour le langage dispose d’un meilleur outil pour la faire durer. Il construit des scénarios plus détaillés, trouve plus d’arguments, anticipe plus de conséquences. La compétence est la même que pour écrire un bon rapport. Elle tourne simplement sur le mauvais sujet.
Le cerveau social reste branché sur l’amygdale
Le fameux « est-ce que j’ai dit quelque chose de travers ? » a aussi une piste neurologique. En novembre 2024, Rodrigo Braga et son équipe de la Northwestern University ont montré dans Science Advances que le réseau cognitif social, celui qui sert à imaginer ce que pensent les autres, communique en permanence avec le noyau médian de l’amygdale.
Ce réseau fait partie des régions qui ont pris de l’ampleur au cours de l’évolution humaine. Sa connexion avec une zone qui traite le contenu émotionnel aide à comprendre pourquoi les pensées sur le regard des autres deviennent si vite chargées. Pour le détail des mécanismes, voir notre article sur la neuroscience de l’overthinking. Attention quand même : l’étude porte sur la connectivité cérébrale, pas sur l’intelligence. Elle ne dit rien d’un lien entre overthinking et intelligence.
Le mythe overthinking et intelligence entretient la rumination
C’est l’apport le plus utile des travaux récents, et le moins partagé. Le modèle métacognitif d’Adrian Wells décrit des croyances positives sur l’inquiétude, du type « m’inquiéter m’aide à me préparer ». Ces croyances poussent à continuer de ressasser, puisqu’on y voit un bénéfice. Une étude publiée en août 2025 dans Frontiers in Psychology a observé que la fusion cognitive, le fait de prendre ses pensées pour des faits, sert de relais entre ces croyances et l’inquiétude.
Le slogan « l’overthinking, c’est la rançon de l’intelligence » fonctionne exactement comme une croyance positive de ce type. Il transforme un fonctionnement coûteux en qualité. Difficile ensuite d’avoir envie de lâcher prise.
Ça aide aussi de séparer deux choses que le mot overthinking mélange. Une méta-analyse de plus de 69 000 participants menée par Elizabeth Stade et Ayelet Meron Ruscio a montré que l’inquiétude est fortement liée à la rumination de type ressassement, et bien moins à la rumination de type réflexion. Réfléchir à un problème pour le résoudre et tourner autour sans avancer ne sont pas le même processus, même si les deux occupent la tête.
Overthinking et intelligence : ce que la science permet de dire
Sur la question overthinking et intelligence, le bilan tient en quelques lignes. L’intelligence verbale est associée à plus d’inquiétude et de rumination dans un échantillon d’étudiants. Un petit groupe de patients anxieux avait un QI moyen plus élevé que des témoins. Aucune de ces études ne montre que ruminer rend plus intelligent, ni que l’intelligence condamne à ruminer.
On peut d’ailleurs ressasser avec n’importe quel profil cognitif, surtout sous stress prolongé, avec du perfectionnisme ou une faible tolérance à l’incertitude. Si les pensées en boucle prennent une place qui pèse sur le sommeil, le travail ou les relations, un psychologue ou un médecin peut aider à faire le tri. Nos contenus informent, ils ne remplacent pas un suivi.
Sources
- Penney, A.M., Miedema, V.C. et Mazmanian, D. (2015). Intelligence and emotional disorders: Is the worrying and ruminating mind a more intelligent mind? Personality and Individual Differences, 74, 90-93.
- Coplan, J.D. et al. (2012). The relationship between intelligence and anxiety: an association with subcortical white matter metabolism. Frontiers in Evolutionary Neuroscience, 3, 8.
- Delineating the role of negative verbal thinking in promoting worry, perceived threat, and anxiety. Clinical Psychological Science (2016).
- Edmonds, D. et al. (2024). The human social cognitive network contains multiple regions within the amygdala. Science Advances, 10(47).
- Sanchez-Escamilla, F. et al. (2025). Metabeliefs about worry, cognitive fusion, and acceptance: associations and mediations analysis. Frontiers in Psychology.
- Stade, E.C. et Ruscio, A.M. (2023). A meta-analysis of the relationship between worry and rumination. Clinical Psychological Science.
Correction et mise à jour (octobre 2026) : une version précédente indiquait que l’intelligence non verbale était associée à moins de rumination en général. L’étude de Penney (2015) ne l’associe qu’à un traitement post-événement plus faible. Ajout des travaux de Coplan (2012), Stade et Ruscio, et Sanchez-Escamilla (2025). Lien de l’étude Braga remplacé par la source de l’université.



